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Miou

Lorsqu’il choisit de dissimuler sa véritable nature, Miou prend le plus souvent l’apparence d’un abyssin roux foncé, de taille et de comportement parfaitement ordinaires. Parfois, pourtant, il se montre sous les traits d’un homme d’une trentaine d’années à peine, haut de cinq pieds, neuf pouces, à la peau ambrée et aux cheveux auburn. Beau gosse solidement bâti, il s’habille de cuir noir aux accents SM et arbore en permanence des Ray-Ban qui masquent ses yeux jaunes, traversés de pupilles verticales. Ses gants — comme ses bottes — cachent l’extrémité de ses doigts armés de griffes rétractiles. Il ne les retire que pour jouer avec ses « partenaires », consentants ou non. Quand il se bat, gants et parfois bottes doivent être remplacés, car il n’attend jamais pour libérer ses griffes.
Miou est joueur, vif, câlin et cruel, toujours prêt à s’accoupler. Chat dans l’âme, il a ce caractère ambigu qui conjugue affection et cruauté. On l’a vu, sous forme humaine, tourmenter une proie des heures durant avant de l’achever, comme le ferait n’importe quel félin.
Il aime contrarier : les gens, leurs projets, leurs actions, et plus encore les curieux qui chercheraient à percer ses secrets.
Invisible presque à volonté, Miou se déplace dans un silence absolu : pas même le souffle de sa respiration n’est perceptible. Il peut rester immobile des heures durant, si bien que, même visible, on finit par oublier sa présence. Mais lorsqu’il bondit, c’est sur plusieurs mètres ; il grimpe aux arbres avec l’agilité fulgurante d’un prédateur, ses griffes et ses crocs toujours prêts.
Miou est un chasseur. Il chasse pour vivre, il chasse pour le plaisir, il chasse sans doute parce que telle est son essence même.
On dit de Miou qu’il en a un gros, un énorme. Mais pas un organe… ou peut-être bien que si. La vérité restera voilée, pour l’instant. Ce qu’il consent à révéler, en revanche, c’est qu’il porte en lui un secret. Et, magnanime, il en laisse entrevoir une part : chaque caresse reçue accroît ses réserves de mana.
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Miou est, en réalité, un djinn haut comme une montagne, dont la consistance peut varier du granit à l’air. Être de feu — si tant est qu’on puisse le réduire à cette appellation — il s’inscrit dans l’ordre ancien de la Création :
« Nous créâmes l’homme d’une argile sèche, extraite d’une boue malléable. Et quant au djinn, Nous l’avons auparavant créé d’un feu d’une chaleur ardente. » (Coran 15.26-27)
Le feu lui est vital. Privé de flammes, il doit réduire sa forme. Nourri de la seule chaleur solaire, il demeure habituellement un chat ; abreuvé des flammes d’un simple foyer, il adopte presque toujours l’apparence humaine ; plongé dans un incendie, dans la lave d’un volcan ou sous le brûlant soleil de Haute-Égypte, il peut, s’il le souhaite, s’élever jusqu’à la taille d’une montagne.

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« Oyez, oyez, braves gens, gueux et damoiseaux ! Laissez-moi vous conter l’histoire de Miou. »
Durant le dernier millénaire, Miou vécut enfermé dans une amphore emplie d’hydromel. (Comment s’y retrouva-t-il piégé ? Nul ne le dira.) Ce long séjour dans une boisson alcoolisée explique sans doute certains de ses penchants. L’amphore, emportée par un navire, sombra avec lui, puis dériva entre deux eaux pendant dix siècles.
Il y a deux mois, un pêcheur ramena l’objet étrange dans ses filets. Reconnaissant vite qu’il s’agissait d’un récipient, il en ôta la bonde. Les vapeurs d’hydromel millénaire suffirent à l’enivrer. Aussi, lorsqu’il vit se matérialiser un chat — hypocrite à souhait — qui lui offrit trois vœux en échange de sa libération, il s’écria d’une voix éméchée :
« Que je sois couvert de merde si je ne rêve pas ! »
S’il survit, ce malheureux a encore deux vœux à réclamer.
Miou, trouvant le petit port de Sinf, sur la côte perse, sans intérêt, choisit de gagner le désert de Lout pour quelques années. Mais, épris de confort, il rapporta d’Égypte un temple consacré à 𓁛𓃣𓁜 — avec qui il avait jadis conclu un pacte.
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Note :Les hiéroglyphes renvoient à Bastet.


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   ou 

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